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L'EXPRESSION DES MILITAIRES : De l'importance de la liberté de parole des militaires

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Par les temps qui courent, quels que soient les risques de fracture au sein de l’institution, d’ailleurs principal argument des censeurs, il est essentiel que les militaires s’expriment et que le pouvoir politique les écoute.

Récemment le général Marc Delaunay a, comme le capitaine de corvette Éric Mailly, exploré ce sujet. Les deux se rejoignent.

Le premier : « Solidaire avec la Nation, la communauté militaire se doit de témoigner, de rendre compte, d’alerter non seulement le commandement, son environnement et ses cercles de proximité mais aussi ceux qui répètent à l’envi qu’ils sont des chefs et peinent à l’écouter. Entre observer un devoir de réserve et faire son devoir sans réserves, il n’y a pas à choisir.»

Le deuxième cite Thucydide, ce qui montre que, loin d'être épuisée, la question a de longues racines : « Une Nation qui fait une grande distinction entre ses érudits et ses guerriers verra ses réflexions faites par des lâches et ses combats menés par des imbéciles.»

En élevant l’analyse d’un étage, on embrasse la différence entre les régimes autocrates et les démocraties. Alors que les premiers ont la fixité rassurante d'un arrêt sur image, spéculant sur la cohésion forcée de tous avec tous, les démocraties font le pari complexe et inconfortable d’une permanente et nécessaire adaptation à la marche du monde de la relation triangulaire entre le pouvoir, le peuple et son armée.

En arrière-plan des critiques à l’emporte-pièce contre la tribune dite « des généraux », dont le nombre de signataires enfle inexorablement,  resurgissent les symptômes du vieux fond antimilitariste et proto-communiste du poison intellectuel français (conséquence des lourds sacrifices de 14-18). Ils sont un des fonds de tableau de la pensée de ceux qui, carburant à l’insoumission, accusent, par un réflexe pavlovien et « attrape-tout », les généraux d’être des factieux.

L’insistante survivance de ce poison, ajouté à la distance à laquelle sont tenus les militaires par les élites civiles – soulignée par le général Marc Delaunay -, m’avait en 2005 – j’étais encore à Qingdao, puis à Pékin –, incité à m’engager au sein des « Sentinelles de l’Agora », matrice intellectuelle et citoyenne du Centre de Réflexions Interarmées.

L’antimilitarisme se double aujourd’hui du déni des réalités, sensible dans le discours indigéniste et « racialisé » d’une partie des élites et des médias courtisans. Le contraste entre, d'une part la passivité pétrifiée des responsables effrayés par les risques de guerre civile et la noirceur des ténèbres islamistes adeptes des décapitations rituelles dans nos églises et dans nos rues, ayant subjugué certains esprits hystérisés, en même temps que les territoires perdus, est précisément le carburant de la tribune dite « des généraux ». 

Le lien toxique de cette alchimie est l’arrogance du pouvoir politique à l’égard de l’expression publique des armées sommées de se taire. Elle est aussi à l’origine de mon engagement en 2005 pour remettre la parole des militaires à la place et au niveau qui lui reviennent dans le débat public sur la sécurité du pays. 

Ce qui suit est une analyse des mauvaises conséquences de la censure politique exercée contre les militaires. Elle est illustrée par « l’affaire Matelly » évoquée par le capitaine de corvette Mailly dans son remarquable travail sur le devoir de réserve.

L’affaire est un concentré des actuelles problématiques liées à la fois à l’islamisation des banlieues, au « devoir de réserve », confinant à la censure radicale des militaires par l’arrogance du pouvoir politique. À l'époque, empêtré dans ses soucis d'économie des moyens dont l'ADN était la RGPP, il réduisait la stratégie dans les banlieues à l’efficacité directe chiffrée (comme le Parti communiste chinois), à l’exclusion de toute analyse sociale, culturelle et prospective du contexte.

Le lieutenant-colonel Jean-Hugues Matelly, âgé aujourd'hui 56 ans, à cette époque bien seul, y compris au sein de la Gendarmerie qui ne l’a pas défendu, avait été durement sanctionné par une décision de radiation en date du 25 mars 2010 signée du président de la République mais annulée par le Conseil d’État, le 11 janvier 2011. Reconnaissant que Matelly avait manqué à son devoir de réserve en critiquant ouvertement « une décision d’organisation de deux grands services publics dédiés à la sécurité publique » le Conseil jugea cependant la sanction disproportionnée.

Argumentant contre la décision élyséenne de fusionner la Gendarmerie et la Police, Matelly mettait en avant les capacités traditionnelles, ADN des héritiers de la Maréchaussée, de s’insérer dans le tissu social, possédant en même temps, non seulement des compétences militaires de défense, mais également de police judiciaire et de police administrative.

Telle quelle, à condition évidemment de l’étoffer autant que nécessaire, la Gendarmerie aurait été un outil de reconquête des « territoires perdus », sans prêter le flanc à l'accusation de rejouer la bataille d'Alger entourant la perspective d'engagement des forces de troisième catégorie, dont la tribune « des généraux » met en garde qu'elle sera inéluctable, si le laxisme actuel se perpétue.

L’objectif du retour de la République et de ses lois dans les territoires perdus qui tétanise aujourd’hui le pouvoir, effrayé par les risques de guerre civile, restera cependant hors de portée tant que ne sera pas prise la seule décision efficace, pour réduire les trafics, le chantage à la charia et l’insécurité : installer à demeure dans les zones de non-droit autant de forces que nécessaire, aussi longtemps qu’il le faudra.

Or, la description de cette mission de présence permanente au sein des banlieues et ses objectifs recoupent exactement les savoir-faire traditionnels de la Maréchaussée, couvrant non seulement ses compétences juridiques et administratives, mais également ses traditionnelles capacités d’insertion au sein de la population.

Autrement dit, l’inculture au sommet doublée de son arrogance jacobine à châtier les opinions divergentes même argumentées, uniquement confite dans le souci d’économie et d’efficacité immédiate a, il y a dix ans, brutalement sanctionné une réflexion utile. De manière caricaturale, elle a brisé l’élan de la seule stratégie efficace de contrepoids à l’islamisation rampante des banlieues.

Il s’agissait - il s’agit toujours, mais le mal s’étant dangereusement enkysté, le défi est aujourd’hui plus ardu - , de s’insérer dans la durée aussi longtemps qu'il le faudra, avec autant de moyens que nécessaires dans le tissu social délabré et gangréné des banlieues.

Enfin, il me semble qu’au milieu d’une très dangereuse tendance d’une partie de la classe politique et des médias à minimiser la réalité des menaces, les symptômes les plus alarmants de l'actuelle problématique intéressant les relations entre les militaires et l'arrogance du pouvoir ayant une forte tendance à se théâtraliser lui-même, pourraient être résumés par deux déclarations intempestives officielles, à trois années d'intervalle.

La première qui confondait la mise en scène de l'autorité et de l'action avec leur réalité, est l'algarade publique « Je suis votre chef », infligée par le président de la République au CEMA, à l'Hôtel de Brienne, la veille du 14 juillet 2017, devant la cohorte des délégations étrangères officielles. La deuxième, enveloppée dans une tendance obsessionnelle à la moralisation, sur fond de déni des évidences, est la polémique surréaliste très française sur l'insécurité et « le sentiment » que les Français en auraient, forcément excessif, disent les adeptes de l’effacement. Elle a récemment fait rage entre le ministre de l'Intérieur et le ministre Dupont-Moretti, avocat pénaliste, égaré à la Justice. Talentueux et narcissique, il aime se mettre en scène par des formules définitives lui conférant l'aura du sage infaillible. Malheureusement pour lui, emporté par son goût du théâtre et de la sentence choc, le 1er septembre 2020, après la mort d'une adolescente de 15 ans à Nantes, tuée par un délinquant multirécidiviste, voulant dénoncer la « surenchère populiste » en donnant des leçons de mesure, notre avocat-ministre déclarait :  « après un drame comme ça, on doit se taire, la France n’est pas un coupe-gorge ». Justement.

À seulement six semaines de la décapitation de Samuel Paty, la formule qui, à elle seule, résumait le refus de voir la réalité en face et la tentation de la censure par l’exclusion des mal-pensants, était imprudemment assénée au moment où, quatre Français avaient déjà été égorgés au nom d’Allah.

Pour faire pièce à ces vaines postures politiques, brouillant la réalité dans les mensonges et la morale, il est en effet essentiel que les militaires rompus à mesurer sans fard la réalité complexe des tensions qui montent, puissent, sans se faire insulter ou traiter de factieux, partager leur expérience.

Il s'agit non seulement d'apprécier les situations sans faux-semblants, mais également au-delà des pudeurs de gazelle, de suggérer des mesures - forcément longues et difficiles - pour remettre le pays sur ses pieds et réparer les fractures.
 
 François TORRÈS
Officier général (2s)

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

SOCIETE : Le cri et l’écho, les Français et leur armée

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Il faut « toucher avec respect aux choses sacrées. Et, s'il y a dans la société humaine, du consentement de tous, une chose sacrée, c'est l'armée [i]». Anatole France.

Une tribune[ii] signée par d’anciens militaires secoue le monde médiatico-politique. Les Français assistent stupéfaits à ce débat sur leur quotidien. Ce cri, presque désespéré, rebondissant sur un mur, a rendu un curieux écho. Ressaisissons-nous pour revenir à la raison et construire, tous ensemble, un avenir meilleur.


Un constat sévère mais juste partagé au plus haut niveau de l’Etat

Les Français connaissent bien le contenu de cette lettre parce qu’ils vivent les situations dénoncées, ils lisent leur presse quotidienne régionale, miroir de la France, ils parlent avec leurs policiers, leurs pompiers, leurs médecins, leurs enseignants et sont informés de leurs difficultés quotidiennes. Donc pour eux, aucune surprise dans ce constat, si ce n’est un certain soulagement de voir mettre des mots sur leurs maux : le délitement de la société dû au communautarisme, au mépris de « notre pays, ses traditions, sa culture, et veulent le dissoudre en lui arrachant son passé et son histoire » ; le délitement qui « entraine le détachement de multiples parcelles de la nation pour les transformer en territoires soumis à des dogmes contraires à notre Constitution ».

Cette lettre pose le même constat que l’abondante littérature fournie par les universitaires, les chercheurs, les représentations nationales (Sénat et Assemblée nationale), les administrations. Cette lettre pose le même constat que le gouvernement qui a dressé en 2019 une liste des « quartiers de reconquête républicaine[iii] » ; le même constat que celui d’un président de la République s’interrogeant «Comment éviter la partition ? Car c'est quand même cela qui est en train de se produire : la partition.[iv]» ; le même constat que celui d’un ancien ministre de l’intérieur déclarant : «La situation est très dégradée et le terme de reconquête républicaine prend là tout son sens parce qu'aujourd'hui dans ces quartiers c'est la loi du plus fort qui s'impose, celle des narcotrafiquants et des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République.[v]» ; le même constat que celui du président de la République lors de son discours des Mureaux[vi] et de sa conférence de presse de Mulhouse[vii]. Il est dès lors sans surprise que, appuyée sur ces solides références, une telle lettre reçoive, pour son constat sur le délitement, l’assentiment de 73 % des Français[viii], et que la démarche dans son ensemble soit soutenue par 58 %.


Qu’est-ce qu’une « mission périlleuse de protection » ?

Mais cette lettre demande aussi au gouvernement d’agir afin d’éviter d’être entrainé dans de périlleuses extrémités car ces délitements non réparés peuvent provoquer « […] au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national » ?

Dans son sens premier, le terme mission est définit par le Larousse, comme une « Fonction temporaire et déterminée dont un gouvernement, un organisme charge quelqu'un, un groupe[ix] ». Dans le rapport de l’Assemblée nationale n° 3864/2016 sur l’emploi des forces armées sur le territoire national, le terme « mission » est utilisé 382 fois. C’est donc un terme qui implique une subordination et non une autonomie de décision. Notons ici que le sondage Harris Interactive par ailleurs très instructif, contribue inutilement à la polémique lorsqu’il pose la question de « l’autonomie d’action de l’armée pour garantir l’ordre sans sollicitation du gouvernement », une hypothèse que l’on ne trouve pas dans la lettre en question.

En réalité, face aux multiples explosions qui ont secoué le territoire national depuis 1995, l’armée a été engagée par l’Etat. En 1996, 800 soldats sont pour la première fois depuis 1945 déployés sur le territoire métropolitain pour une mission de sécurité intérieure (VIGIPIRATE) qui n’a jamais cessé mais a été amplifiée jusqu’à atteindre, en 2021, les 10 000 soldats de l’opération SENTINELLE[x] (multiplication par 12,5). Par cette mesure, l’Etat veut répondre à une indéniable dégradation de la situation (11 attentats islamistes meurtriers entre 1982-2012 faisant 29 victimes tuées puis 26 entre 2015 et 2021 faisant 274 victimes tuées – mais aussi 11 policiers et gendarmes tués en 2020[xi]). Mais, et cela semble être tout le sens de la formule « intervention […] dans une mission périlleuse de protection », une double question se pose : est-ce la bonne réponse ? ne va-t-on pas vers une dérive de la mission ?

Dès 1996, dans la loi de programmation militaire, le gouvernement décidait que « Le concours des formations et des moyens militaires de toute nature peut s'avérer indispensable en cas de crise ou d'événement grave, […] qu'il s'agisse de la lutte contre le terrorisme, contre le trafic de drogue ou la grande criminalité (souligné par le rédacteur), pour ne parler que des menaces les plus apparentes[xii] ». Ces dispositions sont reprises dans la loi de programmation militaire 2019-2025[xiii]. Mais dès 1995, les armées et singulièrement l’armée de terre qui était en première ligne faisait état de ses réticences à accomplir cette mission car elle était présumée périlleuse à bien des égards[xiv].

 Cet emploi de l’armée pour des missions de sécurisation du territoire national pose de nombreux problèmes car il n’est jamais juridiquement et moralement satisfaisant pour une armée républicaine de devoir se mouvoir en armes sur les trottoirs de sa propre patrie réputée en paix. Un rapport d’information de l’Assemblée nationale énonce les problèmes[xv] : « un cadre juridique à stabiliser, […] le concept de « réservoir de forces », ultima ratio de l’Etat (sic), […], tensions de gestion des effectifs […] ».


Il pose surtout en conclusion la question : « Les armées ont-elles leur place sur le territoire national ?».

Sans trancher définitivement, le rapport indique :  «le rapporteur n’observe pas (loin s’en faut) au sein de l’armée de terre de consensus pour souhaiter voir cette armée devenir une troisième force de sécurité intérieure, et encore moins se voir confier de façon durable des responsabilités en matière de maintien de l’ordre [xvi]».  Mais le danger sécuritaire est bien une réalité pour les parlementaires, dont l’un d’entre-eux en vient à poser la question : « Mais fondamentalement, ne faut-il pas envisager la constitution d’un nouveau type de force de sécurité dont le champ ne recouvrirait ni les opérations de police traditionnelles – la lutte contre la délinquance par exemple – ni les missions menées en OPEX, mais qui serait chargée de la protection de notre territoire ? En somme, comment sanctuarise-t-on notre territoire face à ces nouveaux dangers ?[xvii] ».

A l’analyse des travaux sur cette question depuis 1995, l’on s’aperçoit que, là où le politique est allant, le militaire est plus réservé, mais il remplit la mission. Raisons pour lesquelles il est souhaitable que d’autres voies soient ouvertes pour restaurer la paix dans la Nation. Car, le militaire comme « ultima ratio », est, malheureusement, une voie de recours pour le politique dépassé par des situations qui n’ont pas été maitrisées à temps par manque de vision prospective. Ainsi Mesdames Royal et Ghali (PS) ou M. Gatignon (EELV)[xviii], entres autres, appelaient de leurs vœux entre 2010 et 2012, l’intervention de l’armée. De son côté, le parti LREM (2016) voulait créer un service national universel sous la direction des militaires. Une idée d’autant plus curieuse que le candidat Emmanuel Macron avait clairement écrit dans son livre programme «L’armée […] n’est pas la modalité naturelle d’encadrement de la jeunesse[xix] ».


Le cri et l’écho : devoir d’expression ? Instrumentalisation des armées ?

On le voit, les problèmes de sécurité sont réels et difficiles. Les grossiers débats autour de cette tribune n’en rendent pas compte et en inversent les paramètres. Ils s’attachent à l’écho, qui parait avoir déformé jusqu’à la caricature le cri, occultant ainsi les questions existentielles. Cet écho justement. Alors que le cri porte sur la sécurité et l’avenir de la Nation, l’écho répond expression des militaires. Sujet complexe, tout à la fois secondaire face aux menaces actuelles, mais aussi central, c’est vrai dès lors que, la pensée étant bridée, elle ne permet plus « d’explorer les pistes qui permettent d’éviter [la guerre] ou de la prévenir [xx]». Entre l’obséquieux « il ne manque pas un bouton de guêtre » du maréchal Leboeuf facilitant la décision de la catastrophique guerre de 1870, et la condamnation à mort du général De Gaulle pour son refus de se plier à la décision politique d’armistice, il doit y avoir une place pour énoncer quelques idées utiles. L’écho répond aussi appel à la sédition, mais ne s’interroge pas sur l’opération Sentinelle, qui fait de l’armée le paravent des impuissances par son affichage ostensible dans les rues pour rassurer.

 

Que chacun fasse son devoir

Explorons justement les autres pistes. La réponse à apporter à cette question est nette et sans partage. Dans un Etat démocratique, l’armée n’a pas à assurer des missions de sécurité intérieure. Mais cette sécurité doit être assurée, c’est la responsabilité pleine, entière et constitutionnelle de l’Etat.

Les solutions passent donc par la proposition aux Français d’un projet commun et la recherche de leur adhésion. Ce qui suppose le respect des racines qui font la Nation ; la connaissance de son histoire, passé commun de joies et de tristesses ; le respect et la préservation de sa culture et de sa langue ; l’exigence d’assimilation à ses us et coutumes ; l’éducation car « l’École est le combat premier[xxi]» ; l’exigence du civisme et du respect des lois ; le refus ferme des communautarismes et séparatismes ; l’affirmation d’une politique de sécurité. En somme la construction d’une communauté de destin, définition de la Nation, à l’intérieur de frontières ouvertes à ceux-là seuls qui acceptent d’y adhérer. Ce qui suppose de promouvoir un effort collectif de tous les citoyens, voire à l’exiger par la force de la justice pénale. Ce qui suppose d’exiger aussi cet effort des institutions de la République (éducation nationale ; administration ; justice ; forces de sécurité) et de les soutenir sans faiblir. Ce qui suppose d’avoir la souveraineté nationale.

Il faut que cette polémique pousse les Français à se saisir pleinement de leur avenir sécuritaire et, par-là, de l’avenir de la Nation.  

Et pour cela, quelques lectures, par leur clarté, permettent de saisir aisément les enjeux. Citons entre autres : le rapport du Sénat sur la radicalisation islamiste[xxii] ; le rapport de l’Assemblée nationale sur l’emploi des forces armées sur le territoire national[xxiii] ; la loi portant statut général des militaires. Et aussi le livre Révolution du candidat Emmanuel Macron pour son constat sur les maux de la société française et enfin, à défaut d’un meilleur texte encore à écrire, Qu’est-ce qu’une Nation ? d’Ernest Renan.   

Les Français auront une vision plus claire de la problématique stratégique et ils disposeront des outils pour la compréhension et la participation à un débat de fond qu’il leur faut réclamer et animer une fois apaisée cette polémique.

Loin de l’écho politico-médiatique, la parole doit revenir aux Français pour un retour à la démocratie.

 
Jean-Claude ALLARD
28 avril 2021

 

[i] Cité par Jacques Habert, sénateur non-inscrit, Croix de guerre 1939-1945, Croix du combattant, croix du combattant volontaire de la Résistance lors des débats sur le budget des armées le 4 décembre 1996.  https://www.senat.fr/seances/s199612/s19961204/sc19961204007.html

[ii]https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-un-retour-de-lhonneur-de-nos-gouvernants-20-generaux-appellent-macron-a-defendre-le-patriotisme/

[iii]https://static.data.gouv.fr/resources/quartiers-de-reconquete-republicaine/20191206-163817/quartiers-de-reconquete-republicaine.xlsx

[iv] Gérard Davet, Fabrice Lhomme, « Un président ne devrait pas dire ça … » Stock

[v] Gérard Collomb, Discours de départ du ministère de l’intérieur, 3 octobre 2018

[vi]https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/10/02/la-republique-en-actes-discours-du-president-de-la-republique-sur-le-theme-de-la-lutte-contre-les-separatismes;

[vii]https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/02/18/proteger-les-libertes-en-luttant-contre-le-separatisme-islamiste-conference-de-presse-du-president-emmanuel-macron-a-mulhouse

[viii] https://harris-interactive.fr/opinion_polls/reactions-des-francais-a-la-tribune-des-militaires-dans-valeurs-actuelles/

[ix]https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/mission/51785#:~:text=Fonction%20temporaire%20et%20déterminée%20dont,%27information%20à%20l%27étranger.&text=Organisation%20visant%20à%20la%20propagation%20de%20la%20foi.

[x]https://www.defense.gouv.fr/operations/territoire-national/france-metropolitaine/operation-sentinelle/dossier-de-reference

[xi]https://www.leprogres.fr/faits-divers-justice/2021/01/13/onze-policiers-et-gendarmes-morts-en-2020-dans-l-exercice-de-leurs-fonctions

[xii] Loi n° 96-589 du 2 juillet 1996 relative à la programmation militaire pour les années 1997 à 2002.

[xiii] Téléchargez la Loi no 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 (Légifrance, PDF, 610Ko)

[xiv] Voir Armées et missions de sécurité intérieure : la spécificité militaire en question, Réflexions tirées d’une enquête sociologique, Thierry Nogues, Dans Les Champs de Mars 2001/2 (N° 10), pages 103 à 134. https://www.cairn.info/revue-les-champs-de-mars-ldm-2001-2-page-103.htm#no55

[xv] https://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i3864.pdf

[xvi] https://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i3864.pdf; page 218.

[xvii] https://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i3864.pdf; question de M. Malek Boutih, page 241.

[xviii]https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/08/31/01016-20100831ARTFIG00752-delinquance-royal-veut-tester-l-encadrement-militaire.php; https://www.20minutes.fr/politique/993117-20120830-marseille-senatrice-ps-samia-ghali-reclame-armee-lutter-contre-trafic-drogue; https://www.liberation.fr/societe/2011/06/03/le-maire-de-sevran-veut-l-armee-pour-lutter-contre-les-trafiquants_740325/

[xix] Emmanuel Macron, Révolution, Éditions XO Pocket, Paris, 2017, page 185.

[xx]https://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/01/17/31003-20180117ARTFIG00396-general-francois-lecointre-oser-ecrire-pour-renouveler-la-pensee-sur-l-action-militaire.php

[xxi] Révolution, op.cit., p109.

[xxii] http://www.senat.fr/commission/enquete/radicalisation_islamiste.html

[xxiii] https://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i3864.pdf
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TRIBUNE DES GENERAUX : A la fausse indignation, préférons la mesure et la raison

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C’est sans doute un luxe, voire une décadence des démocraties avancées que de s’offrir des tragédies imaginaires, des indignations factices et des polémiques vides de sens. Le tintamarre provoqué par la « tribune des généraux » en est l’illustration. Je ne prends pas la plume pour les soutenir, approuver leurs positions ni dire la justesse de leurs craintes. J’entends simplement leur rendre justice et dénoncer le procès en sorcellerie qu’on leur intente pour avoir dit ce qu’ils n’ont pas dit et formulé des menaces qu’ils n’ont jamais brandies. Car il n’y a dans leur propos ni appel à l’insurrection, ni annonce de putsch, ni rêve de pronunciamento.

On parle de bruit de bottes, on oppose l’armée aux valeurs démocratiques, mais on prend soin d’ignorer l’hommage rendu « à ceux qui, quelles que soient leurs couleurs de peau, ont servi la France ». Quel humaniste s’indignera de cet universalisme de la citoyenneté puisé dans le service du pays ?

On les dit racistes et fascisants sans s’arrêter à leur affirmation que « chaque Français, quelle que soit sa croyance ou sa non-croyance, est partout chez lui dans l’Hexagone ». Cette absence de distinction selon les races ou les religions est un propos républicain dont il faut leur donner acte.

On peut, certes, ne pas partager leur vision pessimiste de l’avenir. Mais ils sont loin d’être les seuls à dénoncer « des hordes de banlieue » et « des territoires soumis à des dogmes contraires à notre constitution ». C’est un ministre de la majorité présidentielle qui, il y a peu, disait publiquement sa crainte qu’on passe d’une cohabitation côte à côte à un positionnement face à face.

Admettons un instant qu’ils s’exagèrent la menace, mais accordons-leur qu’ils ne parlent de guerre civile que comme d’un malheur qui pourrait nous échoir et non comme d’une fracture qu’ils appelleraient de leurs vœux.

Ils soulignent seulement que, lorsque les grands affrontements surviennent, c’est à eux que l’État fait appel. Ils mettent en garde contre une explosion sociale qui ne laisserait à l’État républicain d’autre recours que « l’intervention de leurs camarades d’active » qu’on enverrait se battre et mourir pour sauvegarder les valeurs de notre civilisation. Loin d’appeler à cette apocalypse, ils enjoignent aux politiques d’agir pour qu’elle n’advienne pas.

Ils disent aussi leur détestation de l’islamisme politique comme des black blocs. Sont-ils les seuls ? Ils ont du mal à admettre les théories décoloniales et la soudaine haine qui frappe les héros d’hier qui sont leurs grands anciens. Peut-on leur tenir rigueur d’un étonnement devant cette brutale inversion des valeurs et les excès auxquels elle conduit ?

D’ailleurs, peu importe leur préférence pour l’ordre, leurs affinités avec les conquérants du passé et la peur qui les étreint qu’on voue bientôt aux gémonies l’idée de la patrie. Je ne veux pas entrer, je l’ai dit, dans ces polémiques et moins encore dans une quelconque récupération politicienne.

Ma seule intention est que s’élève une voix pour dire et combattre l’injustice ; ma seule pensée est qu’on les lise avec sincérité, qu’on ne leur fasse pas un procès inique et qu’on se souvienne que, comme ils le rappellent, ils savent le moment venu tout donner pour la France.
Jean-Yves LE BORGNE
Le Figaro
Ancien vice-bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris.
Auteur de « Changer la justice » (PUF, 2017)
 
Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

L’EXPRESSION DES MILITAIRES : Une liberté au service de la Nation.

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"Une Nation qui fait une grande distinction entre ses érudits et ses guerriers verra ses réflexions faites par des lâches et ses combats menés par des imbéciles”.

Il y a 2500 ans déjà, Thucydide nous mettait en garde contre la tentation de confiner le guerrier dans un rôle d’exécutant, de technicien de la chose militaire. Tentation assez naturelle, tant l'appareil militaire représente un instrument indispensable à l'exercice du pouvoir politique, mais aussi un risque potentiel pour celui-ci. En effet, de l'analyse critique à la désobéissance, l'écart semble parfois trop mince pour le pouvoir politique, notamment en France, où le traumatisme de la crise algérienne reste très présent. Ce poids historique et une certaine culture institutionnelle (1) ont créé les conditions d’une interprétation trop restrictive du devoir de réserve, qui ne sert qu’en apparence les intérêts de la Nation.
A l'heure où, selon Bertrand Badie (2) , l'usage de la puissance ne produit plus systématiquement  les effets attendus, il devient aussi urgent d'investir dans la matière grise militaire que dans le renforcement des moyens. Il est également nécessaire de reconsidérer l’interprétation du devoir de réserve. La création d’un cadre favorable, qui encourage les militaires à la réflexion personnelle et à la publication des fruits de cette réflexion, permettra alors le renouvellement de la pensée militaire. En effet, si on ne favorise pas, aujourd'hui, l’émergence des Beaufre et de Gaulle du XXIème Siècle, sur quels stratèges la France pourra-t-elle compter demain pour gagner ses batailles ?



Pourquoi est il urgent d’investir dans la matière grise des militaires ?

Le champ d'expression des militaires est vaste : il s'étend du récit d’expériences vécues en opérations, à la pensée stratégique, en passant par la défense du statut et la condition du personnel. Chacun de ces registres d’expression aborde un aspect du métier des armes qu’il est utile de faire connaître à la Nation. En effet, la dégradation du lien armée-nation s’est accentuée avec la fin de conscription et ne peut être compensée sans un effort d’explication accru des particularités du métier des armes et des enjeux de défense. Les militaires ont toute légitimité pour en être les acteurs majeurs en usant de leur liberté d'expression. En 2003 déjà, la commission de révision du statut miliaire (3) , notait que " le temps n’est plus où le colonel de Gaulle publiait Vers l’armée de métier et regrettait que "les militaires participent peu aux débats sur la défense ".

Mais comment créer du lien entre les 200 000 militaires, toujours moins nombreux, et 65 millions de Français, dont le quotidien est très éloigné du champ de bataille ? Ne faut-il pas commencer par le récit de cette expérience singulière que constitue la guerre, en témoignant du vécu des opérations menées par les armées ? Ces témoignages sont indispensables, car ils contribuent à donner sa place au soldat et au fait militaire dans la vie de la cité, qui lui reconnaît alors sa légitimité. Des écrits de grande qualité existent d’ailleurs, comme ceux du chef de bataillon Erbland (4) , à la fois récit de guerre, et réflexion sur la guerre comme expérience intérieure et expérience de commandement. Ces démarches contribuent également à renforcer la résilience d’une population, qui n'a pas connu la guerre sur son territoire, en lui rappelant, selon la formule d'Aron, que "l'histoire est tragique". Ainsi, le militaire partage l’expérience de la guerre et prend sa place dans la cité.

Au-delà du témoignage, les militaires, en tant que praticiens de l'art de la guerre, doivent pouvoir contribuer librement aux débats sur les enjeux de défense. En 1963, Liddel Hart, dans sa préface à l’introduction à la stratégie, rappelait combien la pensée stratégique du général Beaufre s'appuyait sur son expérience opérationnelle :

"Cette extraordinaire variété d’expériences fournit au profond penseur qu’est ce soldat une base exceptionnelle de réflexions pour étudier la conception et l’application de la stratégie à des situations et à des opérations réelles. "La présence visible des militaires au cœur des débats sur les sujets de défense contribuerait à légitimer l'effort financier important consenti par la nation dans la défense. (5)
Par ailleurs, l'histoire nous apprend également que la réflexion stratégique développée dans les états-majors, doit être mise au défi par la réflexion indépendante des militaires, sous peine d’entraîner l'appareil de défense dans une sclérose intellectuelle fatale pour son  efficacité. Marc Bloch dénonçait déjà ce phénomène dans l'étrange défaite  (6)  expliquant qu’il procédait avant tout d’une faillite intellectuelle des chefs militaires. Encore faut-il que ces chefs aient été incités au cours de leur carrière à développer une réflexion personnelle et à l’exprimer librement. Interrogé sur la campagne de France, le général Guderian faisait cette réflexion au sujet des propositions portées par le colonel de Gaulle en 1934 dans vers l’armée de métier : " L'étonnant n'est pas que de Gaulle y ait songé, mais qu'il ait été, semble-t-il, le seul en France à le faire, et que ses idées y aient été si mal accueillies ".
A notre époque, où la sémantique de la guerre est omniprésente dans le discours politico-médiatique, quelle part effective les militaires prennent-ils à la réflexion stratégique développée en dehors du cadre institutionnel ? Le devoir de réserve est-il un frein à cette expression ?
Par le Capitaine de corvette Eric Mailly,
officier stagiaire de la promotion Gallois,
24ème promotion de l’École de guerre

Source : Site de l'Ecole de Guerre
 
1 « Ceci peut s’expliquer par une certaine autocensure, héritage de la guerre d’Algérie et des contraintes liées à la doctrine 1 de la dissuasion », indique le Rapport de la commission de révision du statut publié en 2003. http:// www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/034000646/index.shtml, p5.
2  BADIE Bertrand, l’impuissance de la puissance , Fayard, 2005.
3  op.cit., p5.
4  Brice Erbland, " Dans les griffes du Tigre ", Les Belles Lettres, 2014. 
5  La défense est le 2ème poste de dépense de l’État avec 39,7 milliards d’euros, pensions incluses.
6  Marc Bloch, l'étrange défaite : " certaines défaillances ont eu leur principale origine dans le battement trop lent 6 auquel on avait dressé les cerveaux." et "quoi que l'on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l'incapacité du commandement".



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Pourquoi la Légion étrangère est plus populaire que jamais en ces temps de peur

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Posté le mercredi 11 novembre 2020
 

Marraine* du 4e régiment étranger (4e  RE), l’ancienne avocate** explique les valeurs de la Légion ainsi que leur prix pour la France d’aujourd’hui.

En ce jour de commémoration de l’armistice, nos compatriotes savent-ils que la Légion étrangère qui s’est illustrée pendant la Grande Guerre, célèbre aussi, ou va célébrer, le centenaire de deux de ses plus beaux fleurons, le 4e  régiment étranger, et le 1er régiment étranger de cavalerie ? Ces deux anniversaires sont l’occasion de saluer le geste héroïque de dizaines de milliers d’étrangers venus se battre pour la France depuis 1831, date à laquelle Louis-Philippe créa ce corps d’exception.

Au regard d’une actualité bouleversante, examinons le miracle qu’est ce corps d’élite, composé de 9 000 volontaires de 150 nationalités différentes, placé sous les ordres de 450 officiers français. Ces étrangers sont venus servir la France au point d’accepter de lui donner leur vie, comme encore récemment sur des théâtres d’opérations extérieures, au Levant ou dans le désert de la bande sahélo-saharienne. Mais c’est aussi sur le territoire national que les légionnaires nous protègent du terrorisme, et nombreux sont nos compatriotes qui ont pu croiser les bérets verts dans nos rues, devant nos écoles, près de nos enfants.

Mille cinq cents légionnaires sont formés chaque année au sein du 4e régiment étranger, avec les valeurs que cette institution unique au monde a su mettre en pratique, et codifier dans un serment émouvant, récité dans les accents du monde entier à chaque réception de képi blanc, sur les places d’armes de ses régiments.

Car c’est bien un chapelet de valeurs que ces étrangers viennent chercher en franchissant la porte d’un régiment, dans ce corps que le légionnaire Flutsch qualifiait de « monastère des incroyants » : la première d’entre elles est la camaraderie, dont chaque légionnaire doit faire preuve envers son frère d’arme, quelle que soit sa nationalité, son origine ethnique ou sa religion, permettant à chaque jeune ou ancien légionnaire de se reconnaître dans le monde entier, de se retrouver, de s’entraider, puisque tous font partie d’une même famille, celle qui n’abandonne « ni ses morts, ni ses blessés, ni ses armes ».

Il y a aussi le caractère sacré de la mission que ces hommes exécutent jusqu’au bout et parfois jusqu’au sacrifice suprême : ce sont plus de 40 000 soldats qui ont donné leur vie à la France depuis la création de la Légion, et l’histoire de notre pays n’aurait pas été la même sans ces volontaires héroïques. Il y a ensuite le respect des chefs, de la discipline et des traditions immémoriales, colonne vertébrale de ces hommes, venus chercher l’anonymat d’un asile, une deuxième chance, à condition qu’en retour, ils donnent tout à la France.

Car à notre époque où l’on se plaît à déconstruire le récit d’un passé glorieux, les valeurs de la Légion sont précisément ce qui séduit ces soldats, et les pousse à s’engager. Et elles nous sont plus que jamais indispensables car elles vont à rebours de la culture victimaire de l’excuse, de la complainte et de la réclamation permanente de « droits particuliers », qui font tant de mal à notre pays ; cette acceptation sans condition de la règle et l’affirmation de la culture française sont bien l’ADN de la Légion, traduit dans cet engagement librement consenti.

Mais c’est également la manière de diffuser ces valeurs qui est spécifique à ce corps d’élite, puisque à l’heure de l’anglicisme à tous crins, c’est en français que tout commandement militaire se fait et c’est donc aussi en français, enseigné dès les premiers jours, que ces hommes hier si différents, communient dans une même amitié, à travers une même langue qui soude leur destin commun et forge des amitiés indestructibles. Ici, nul particularisme national, ethnique ou religieux n’est toléré, garantissant ainsi un esprit de corps puissant.

C’est le génie de la France d’avoir su incarner autant de principes vertueux dans cette institution d’excellence que le monde entier nous envie. Les Français ne s‘y trompent pas, eux qui chaque année, applaudissent à tout rompre ces légionnaires au pas lent, chantant « le boudin  » sur les Champs-Élysées, et qui ne se séparent jamais, pas même devant la tribune présidentielle.

C’est à chaque famille s’installant sur le sol français que l’histoire et les valeurs de la Légion étrangère devraient être inculquées, afin que l’esprit de ces nouveaux arrivants soit imprégné de l’exemple de ces héros anonymes, combattants devenus français, non par le sang reçu, mais par le sang versé. Notre pays attaqué et enfoncé sur le flanc de son identité et de ses valeurs a un atout majeur : il serait grand temps qu’il se décide à retisser son drapeau républicain, et la Légion offre un formidable exemple de cellule-souche pour remettre l’ouvrage sur le métier.

Face à une France qui laisse décapiter sa civilisation et son autorité à la sortie des écoles, il est réconfortant de savoir que notre pays pourra toujours compter sur ses képis blancs.

 
Marie-Laure BUISSON
Le Figaro 



* Cette distinction est décernée à titre exceptionnel par la Légion pour honorer une personnalité civile fortement engagée à ses côtés. Elle a été remise à l’impétrante devant les légionnaires du 4e régiment étranger, le 30 avril 2019, lors de la Fête de la Légion qui commémore Camerone.

** Après avoir été auditrice à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), Marie-Laure Buisson a créé une fondation qui œuvre en faveur des militaires et de leurs familles, notamment les blessés au combat et les familles de soldats morts pour la France. 
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LIBRE OPINION de Jean-Jacques NOIROT : Peuple

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Posté le mardi 20 octobre 2020

 
La décapitation de cet enseignant par un fou islamiste tchétchène importé en France par le laxisme ambiant est une indicible horreur. L’arrivée de sa famille dans les fourgons de notre justice, coupable jamais jugée et jamais punie, vient ajouter l’ineptie à cet acte barbare.

 
« Ils s’en sont allés moissonner la haine aux champs douloureux où fauchait la mort »

 
Devant le monument aux morts du petit village de montagne où nous habitions en cette fin des années 40, les enfants des écoles, sagement alignés, chantaient ce couplet chaque 11 novembre. Nos maîtres nous l’avaient enseigné dès la sortie de la maternelle. Devant nous, le visage grave, figés dans une attitude respectueuse et digne, tous les habitants du village se recueillaient. Énumération des « Morts pour la France ». Gerbe. Silence. C’était fini. Nous venions, par ce chant, d’honorer la mémoire de ceux qui étaient partis pour ne plus revenir. 

Il nous faut revenir au temps de la patrie renaissante. Nous sommes celle de Bayard « Sans peur et sans reproche », de Turenne « Tu trembles, carcasse », du chevalier de Boüyas « Bois ton sang Beaumanoir », de Louis de Lasalle « Un hussard de trente ans est un jean-foutre », de de Lattre « Ne pas subir », de Bigeard « Être et durer » et de combien d’autres, qui ont gravi sans faillir le chemin de l’honneur, et se sont battus pour les causes justes qu’ils avaient fait leurs.

La décapitation de cet enseignant par un fou islamiste tchétchène importé en France par le laxisme ambiant est une indicible horreur. L’arrivée de sa famille dans les fourgons de notre justice, coupable jamais jugée et jamais punie, vient ajouter l’ineptie à cet acte barbare. Le défi qui se présente à la Nation est une cause juste. Soit nous sommes dignes des hautes figures légendaires de notre Histoire, et, tous ensemble, nous devons, à notre tour, car l’heure a sonné, « moissonner la haine », soit nous devons nous taire, et disparaître dans le silence des peuples asservis.

Notre président de la République, converti de fraîche date à la lutte contre l’islamisme, a fait, sur les lieux de ce drame innommable, des déclarations martiales. Le Premier ministre en a rajouté, les femmes et les hommes politiques de tout bord ont embrayé à leur tour sur l’air de l’odieux, de l’intolérable et de la République en danger. « Ils ne passeront pas ! » s’est exclamé un président ne sachant plus trop quoi dire pour ne pas heurter les oreilles délicates. Nous voilà à Verdun. Et les moyens évoqués pour ressusciter la « Voie sacrée » afin « qu’ils ne passent pas », énumérés à loisir par tout ce qui respire dans l’arène politicienne, sont restés conventionnels, enkystés dans le domaine du régalien, c’est-à-dire essentiellement l’État de droit, la Police, la Gendarmerie, le déversement de subventions à fonds perdus, avec dans le lointain les armées à bout de force. Discours creux qui ne trompe personne, aveu d’impuissance publique et d’imagination tarie, expression tremblotante d’une frayeur institutionnelle face à plus redoutable que soi. Si nous en restons là, c’est perdu d’avance.

Car depuis des années, ce dispositif a montré ses limites ! La preuve en est donnée par la suite quasi ininterrompue d’attentats islamiques depuis que l’Occident - et en particulier la France -a jeté dans les abîmes insondables de l’indifférence et de la vénalité les valeurs qui le tenaient debout et les croyances qui irriguaient son âme. On pourra continuer à jeter l’anathème sur les assassins ivres de haine, tuant au nom d’un dieu, d’un prophète et de son livre ceux qui refusent de vivre sous les lois de l’islam. On pourra lever d’innombrables foules pour défiler en silence, toutes larmes dehors, déposer gerbes de fleurs, bougies et peluches sur les lieux de ces crimes, honorer les victimes, donner leurs noms à des places, des rues ou des édifices publics, cela ne changera rien. Ceux qui veulent nous dominer s’en moquent. Ils n’attendent que cela, parce que cette émotion collective  est la résultante de leur réussite. Sur l’immense terreau des banlieues en déshérence, ils continueront à faire fructifier leur idéologie funeste en soudoyant les élus, noyautant les associations, recrutant des hommes de main et des coupe-jarrets dans les quartiers livrés aux bandes et aux trafics. Le regard bienveillant jeté par les médias sur la misère des rues, les propos surréalistes tenus par des magistrats vantant fielleusement la résilience des Français et l’appui de politiciens inutiles et idiots suffit à favoriser l’imprégnation des esprits et faire avancer à grands pas leurs conquêtes territoriales où ils règnent par l’intolérance et l’oppression.

Le courage et l’engagement sans faille des acteurs concernés jusqu’ici par la lutte contre l’islamisme ne suffisent plus. À défaut de pouvoir révoquer sur l’heure les politiciens sans aveu qui nous gouvernent, ne faudrait-il pas changer de stratégie ?

Pour juguler les méfaits dévastateurs du virus qui nous a plongés dans une crise sanitaire profonde dont personne ne connaît l’issue, le président de la République a fait appel au bon sens et à l’esprit de solidarité des Français : « Il faut faire nation ! » Qu’attend-il, après l’horreur de ce vendredi, pour dire solennellement au peuple français tout entier, imitant le général de Gaulle concluant une de ses pathétiques adresses à la Nation en 1961 : « Françaises, Français, aidez-moi ! » Voilà qui est exemplaire et fut grand ! Le salut viendra du peuple. C’est à lui, force tranquille, incarnation de la patrie, d’imposer à tous, et pour commencer à tous les élus à tous les niveaux, sa volonté d’en finir avec les êtres immondes qui l’agressent et parfois le terrorisent.

Il faut donner au peuple de France, par toutes voies pouvant y concourir, les moyens de reprendre en main son destin. Depuis le 15 octobre, il est prêt à « moissonner la haine là où fauche la mort ».
Jean-Jacques NOIROT
Colonel (er)
Membre de l’ASAF

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«Le rôle de l’armée n’est pas d’éduquer les jeunes délinquants»

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Éric Dupond-Moretti a évoqué l’idée de mettre en place un service citoyen de six à douze mois, encadré militairement, qui s’ouvrirait aux mineurs délinquants, ayant commis des faits de faible gravité. Michel Goya craint que ce type de mesure fasse de l’armée un palliatif à l’éducation ou à la prison.


FIGAROVOX. - En 2011, Éric Ciotti avait déposé une loi, adoptée, mais jamais mise en œuvre, prévoyant que l’Établissement public d’insertion de la défense (Epide), qui accueille depuis 2005 dans ses centres de jeunes majeurs en difficulté, s’ouvre aux mineurs de 16-18 ans ayant commis des faits de faible gravité, pour un service citoyen de six à douze mois. Le garde des Sceaux a évoqué l’idée de le mettre en place. Que vous inspire cette mesure?

Michel GOYA. - Le code de la défense regroupe les textes relatifs à l’organisation générale, aux missions, au personnel militaire et au fonctionnement de la défense. Dans la rubrique «Mission des armées» il est écrit: «préparer et d’assurer par la force des armes la défense de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation».
Il n’est écrit nulle part que les armées aient à servir de maison de correction, de centre de formation professionnelle, de palliatif à des peines de prison, d’anxiolytique pour la population, de fournisseurs de photos pour les articles sur le terrorisme, d’antigang à Marseille ou ailleurs, de supplétif à la police nationale, de régulateur du nombre de sangliers, de société de ramassage des poubelles ou de nettoyage des plages, d’éducateurs pour adolescents en internat-découverte. La liste n’est pas exhaustive, pour en trouver une nouvelle il suffit de concilier lacune dans un champ de l’action publique et désir de montrer que l’on veut faire quelque chose.
Le problème est qu’on ne soigne pas les maladies en fonction des remèdes les plus efficaces, peut-être parce qu’on ne les a plus, mais des potions disponibles et visibles sur l’étagère. Or, l’armée est une potion toujours disponible et qui, c’est vrai, peut soigner beaucoup de choses, même si c’est sans doute parfois de manière placebo.

Les unités militaires sont réactives, disciplinées et dotées par nécessité d’une forte cohésion. Les soldats français sont, il faut le rappeler, volontaires à faire des choses pas naturelles pour la Patrie : tuer et être tué. Les unités militaires sont réactives, disciplinées et dotées par nécessité d’une forte cohésion. Les soldats français sont, il faut le rappeler, volontaires à faire des choses pas naturelles pour la Patrie, tuer et être tué. Pour cela on crée autour d’eux des obligations à faire honneur à l’uniforme, au drapeau, et à ne pas faire honte à des camarades dont on a forgé l’amitié dans de durs entraînements et des opérations.

On ne peut séparer l’action qui peut être un sacrifice et sa préparation. On ne transpire pas dans les entraînements pour le plaisir d’apprendre l’effort, mais pour être prêt au combat. Sinon, on fait du sport. Même les bataillons d’infanterie légère d’Afrique, les «Bat’ d’Af» qui n’incorporaient que des recrues à casier judiciaire jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie, étaient engagés au combat, où ils n’ont d’ailleurs jamais beaucoup brillé. Va-t-on engager ces mineurs dans des combats? Non évidemment et heureusement! Dans ce cas, les engager dans un processus de formation d’un soldat, en se disant qu’au moins cela en fera quelqu’un de bien, n’a pas de sens. Cela risque d’affaiblir notre institution.



 «Je souhaite évidemment qu’il y ait le moins d’incarcération possible de mineurs chaque fois que c’est possible, ça va de soi», a déclaré Éric Dupond-Moretti en juillet dernier, plaidant de manière générale pour une diminution de la détention provisoire. Craignez-vous que l’armée devienne un palliatif à la prison?

Mais quel est le rapport entre la prison et l’armée? Être dans l’armée, c’est une sanction? Il est toujours singulier de voir des gens trouver soudainement de grandes vertus éducatives ou rééducatives à une institution qu’ils ont préféré éviter lorsque cela leur était possible au temps du service national obligatoire pour les hommes et volontaire pour les femmes. L’éducation à la dure, c’est pour les autres, les gueux, voire les canailles. Cela fera du bien un tour à l’armée! Oui, mais voilà ce n’est pas le rôle de l’armée, et moins que jamais.

Éric Dupond-Moretti, qui a des mots très gentils pour l’institution militaire, mais dont on cherche vainement la trace du service militaire, pourrait mobiliser ses propres services après tout. Quitte à trouver un palliatif à la prison pourquoi ne pas organiser quelque chose à l’intérieur du ministère de la Justice? Il n’y a pas de modèle à admirer au ministère de la Justice? Pourquoi pas dans l’administration pénitentiaire par exemple?


Pensez-vous que sa mise en place pourra se faire sans difficultés?

Bien sûr qu’il y aurait des difficultés. Il faut quand même rappeler que l’expérience a été tentée de 1984 à 2004. Cela s’appelait les «Jeunes en équipe de travail» (JET) et cela consistait à organiser des «stages de rupture» de quatre mois à l’intention des jeunes délinquants, détenus majeurs de moins de trente ans ou mineurs à partir de 16 ans. Ces stages, proposés aux jeunes par le juge d’application des peines, devaient les préparer à leur réinsertion sociale et professionnelle. Les JET étaient gérés par une association et les armées ainsi que la gendarmerie fournissaient l’encadrement, les infrastructures et l’équipement. Deux ans après leurs stages, plus de 60 % des mineurs qui s’étaient portés volontaires chez les JET étaient retombés dans la délinquance. Au total, sur vingt ans, 5 800 jeunes délinquants sont passés par JET. Le bilan est très mitigé. Deux ans après leurs stages, plus de 60 % des mineurs qui s’étaient portés volontaires étaient retombés dans la délinquance. Le résultat était un peu meilleur pour les adultes, même si 20 % se trouvaient à nouveau incarcérés. Alors que l’on réduisait considérablement le budget de fonctionnement des armées, celles-ci n’ont plus souhaité assurer cette mission arguant en fait du faible «rendement» de ce stage et de l’impossibilité désormais de le soutenir.

L’implication dans la formation professionnelle par le biais des Epide et du Service militaire volontaire, ou du Service militaire adapté dans la France d’outre-mer, donne en revanche de bons résultats, mais il ne s’agit pas de réinsérer des délinquants après un stage court, mais de venir en aide à des jeunes en difficulté, volontaires et sélectionnés, par une longue formation. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Cela fonctionne, même si encore une fois c’est un détournement de mission.


Prônez-vous le rétablissement du service militaire à l’ensemble des jeunes?

Pourquoi pas si on répond correctement à la question: pour quoi faire? Rappelons que le principe du service militaire, puis «national», n’était pas de rendre service aux jeunes qui y était soumis, par les soi-disant bienfaits éducatifs ou le vivre ensemble, mais de rendre service à la nation, parfois en donnant sa vie. Si l’idée est effectivement de rendre service à la nation, alors oui cela peut se concevoir. Un service militaire n’a de sens que si on engage éventuellement les recrues au combat. Si ce n’est pas le cas, on est alors dans un grand projet éducatif, et s’il concerne des mineurs, comme le projet de Service national universel (SNU) c’est la mission de l’Éducation nationale.
On peut imaginer que le service national apporte un renfort de 800 000 jeunes utile à des services publics souvent en grande difficulté. Le service national peut être un vrai projet ambitieux et un vrai projet de société, mais en réalité, il n’y a sans doute que deux voies cohérentes. La première est le retour à une forme de service national élargi à l’ensemble du service public. Cela suppose de surmonter la réticence juridique de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui considère cela comme du travail forcé et bien sûr de traquer et donc sanctionner les inévitables resquilleurs, condition sine qua non de la justice de ce service. L’effort est considérable, mais on peut imaginer qu’un renfort de 800 000 jeunes peut être utile à des services publics souvent en grande difficulté. La seconde consiste à s’appuyer sur l’existant des services volontaires.

Rappelons que le projet insensé de SNU prévoit de dépenser 1,5 milliard d’euros par an pour fondamentalement organiser deux semaines de stage découverte à tous les jeunes d’une classe d’âge et ce chiffre ne comprend pas les dépenses d’infrastructure sans doute nécessaires. Ce chiffre représente le quadruple de celui du Service civique et ses stages rémunérés de 6 à 12 mois, ou dix fois celui des 30 000 contrats de la réserve opérationnelle n° 1 des armées, mais on pourrait aussi évoquer les sapeurs-pompiers volontaires ou les réservistes du ministère de l’Intérieur.

Hors de ces deux options, me semble-t-il, on sera dans de la «fantaisie militaire», pour reprendre le titre d’un album d’Alain Bashung, de la part de gens qui n’ont jamais voulu porter l’uniforme.

 
Propos de Michel GOYA
recueillis par Aziliz Le CORRE
Figarovox



Michel Goya est colonel (ER) des troupes de Marine, docteur en histoire et ancien titulaire de la chaire d’histoire militaire à l’École de guerre.
Il a récemment publié : Les vainqueurs. Comment la France a gagné la Grande Guerre (Tallandier, 2018)

 
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CULTURE : Les nouveaux justiciers de l'Histoire de France

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Posté le lundi 17 août 2020
 
Depuis une quinzaine d’années, la repentance semble être un des moyens d’action des autorités politiques pour faciliter leur dialogue avec les anciennes colonies françaises. Le lieutenant-colonel Michel Klen dénonce cette déconstruction de l’Histoire de France en montrant pourquoi trois de ses grands hommes n’ont aucunement à figurer ainsi sur le banc des accusés.

L'Histoire a besoin de héros, donc de repères. Or le climat culturel de la France est aujourd'hui pollué par des groupuscules de révisionnistes qui réclament que les statues de certains de nos grands hommes soient déboulonnées et que des rues ou des lycées portant leur nom soient débaptisés. Au banc des accusés, il y a notamment Colbert, Faidherbe, et surtout Napoléon. Les motifs de cette épuration se réfèrent essentiellement à l'esclavagisme et au colonialisme. Ces nouveaux juges auto-proclamés veulent même diminuer (voire supprimer) dans les programmes scolaires la part de l'étude consacrée aux  célébrités qui ont fait la renommée de notre pays, transformant ainsi l'Histoire de France en un cours de morale !

 

Colbert, l'un des plus grands ministres de la France

Dans la Marine nationale, six navires de guerre ont porté le nom du ministre de Louis XIV (le dernier, le croiseur Colbert, a été opérationnel de 1956 à 1991). Cet hommage est encore visible dans les nombreux établissements scolaires qui ont adopté le nom de l'éminence grise du Roi-Soleil dans une multitude de villes françaises (il existe des lycées Colbert à Paris, Lyon, Marseille, Lorient, Rouen, Tourcoing, Reims, …). Or ces actes de reconnaissance sont actuellement condamnés par des associations et des collectifs. Pour ces protestataires galvanisés par la fièvre de la repentance, le crime de l'ancien contrôleur général des finances est d'avoir jeté les fondements du « Code noir » en 1685, donc d'avoir légalisé l'esclavage. Ce jugement précipité doit être cependant nuancé car il est émis avec des mentalités contemporaines qui ne tiennent aucun compte du contexte de l'époque. Cette ordonnance juridique a été établie au contraire pour faire cesser les mauvais traitements infligés aux esclaves et  encourager leurs maîtres à les instruire, leur permettre de se marier, les faire baptiser  et avoir une sépulture catholique. En cas de non respect de cette législation, les esclaves avaient alors la possibilité de se plaindre auprès des juges locaux.

Paradoxalement, le « Code noir » représenta donc un progrès qui adoucissait une pratique, certes inhumaine, mais malheureusement courante à l'époque. C'est pourquoi beaucoup d'historiens, plus lucides, préfèrent gommer l'image de bourreau que veulent imputer à Colbert certains contempteurs et mettre en avant le bilan positif de cette personnalité essentielle de la culture française qui a accompli des grandes réalisations dont la plupart sont restées scellées dans le marbre de la postérité. Parmi celles-ci, il y a les fondations : Académie des inscriptions et belles lettres (1663), Académie de peinture, sculpture et architecture que Colbert plaça au Louvre en 1664, Académie d'architecture et musique (1672), Académie de France à Rome (villa Médicis, 1666), Observatoire de Paris (1667), etc. Colbert fit aussi rédiger le Code Louis (1667) sur la justice et la procédure civile (qui servira de modèle au Code Napoléon), le Code des eaux et forêts (1669) et le Code de la Marine (1668) qui inspirera l'Amirauté anglaise. Mais surtout, ce grand serviteur de l’État permit à la France de devenir le pays le plus puissant d'Europe en la dotant d'une marine de guerre moderne et en développant le commerce, l'agriculture et les premières industries avec les manufactures royales des Gobelins, de Saint-Gobain et de Beauvais. Plutôt que de fustiger l'un des plus grands ministres de la France, apprenons à nos enfants à mieux fouiller les réalités de l'Histoire.

 

Faidherbe et le mythe sénégalais

Autre accusé : le général Faidherbe qui possède à son nom une rue, un pont, un lycée et une statue à Lille (sa ville natale) et une autre statue à Saint-Louis du Sénégal. Son crime : un comportement de conquérant colonial ! Les diatribes les plus virulentes sont exprimées par le collectif lillois « Faidherbe doit tomber. » Là aussi, le raisonnement est simpliste. Gouverneur du Sénégal de 1854 à 1865, Faidherbe a accompli une œuvre importante dans cette ancienne colonie française. Pour beaucoup de Sénégalais cet officier général est perçu à la fois comme un grand bâtisseur qui a permis la construction d'infrastructures dans cette partie de l'Afrique occidentale et un libérateur des populations locales face aux exactions des Maures en provenance de la Mauritanie voisine. Ses réalisations sont significatives : aménagements d'urbanisme à Saint-Louis (égouts, assainissement des berges, éclairage public, construction d'une bibliothèque, d'écoles laïques, d'un musée et d'un hospice), édification du port de Dakar et d'une voie ferrée reliant la capitale de l'AOF à Saint-Louis, instauration d'une organisation administrative dans le territoire, création de tribunaux indigènes (tout en respectant le droit coutumier), mise en place d'un plan de lutte contre l'épidémie de fièvre jaune en 1858 qui décima les populations de Gorée et Saint-Louis (avec le concours actif des médecins de la marine française), …

Mais dans l'imaginaire collectif des militaires, la création de Faidherbe la plus emblématique reste celle du corps mythique des tirailleurs sénégalais en 1857. À l'origine, cette unité fut constituée pour faire face aux besoins de maintien de l'ordre dans les colonies. Elle était composée de soldats provenant  des colonies africaines. Le premier régiment fut créé au Sénégal (d'où le nom de tirailleurs sénégalais). Pendant un siècle, ces combattants africains sont restés fidèles à la France qu'ils ont servie avec bravoure dans les principaux conflits : Première Guerre mondiale (reprise du fort de Douaumont en 1916), Deuxième Guerre mondiale (prise de l'île d'Elbe en juin 1942 et de Toulon après le débarquement de Provence le 15 août 1944), guerres d'Indochine puis d'Algérie. Le général Mangin qui a commandé un régiment de tirailleurs sénégalais lorsqu'il était colonel leur a d'ailleurs rendu un hommage vibrant dans un ouvrage qui fit sensation en 1910 : Force noire.

 

Plaidoyer pour l'Empereur

Depuis quelques années, l'empereur des Français fait l'objet d'une campagne acerbe de dénigrement. Cette séquence insidieuse a notamment revêtu un aspect peu glorieux en décembre 2005 lorsque des groupes de pression ont poussé les autorités à ne pas célébrer le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz. Une véritable insulte pour les officiers saint-cyriens ! Raison invoquée : Napoléon aurait commis un crime contre l'humanité en rétablissant l'esclavage en 1802. Cette décision est certes une faute, mais elle ne procède pas du tout d'un jugement raciste. Elle est la résultante d'une vision économique forgée sous la contrainte, d'une part du puissant lobby colonial des armateurs nantais et bordelais, d'autre part de l'entourage de son épouse Joséphine (issue d'une famille martiniquaise). Cette initiative avait pour objectif principal de relancer les ports français et de gagner la guerre commerciale, quitte à employer les mêmes méthodes que les concurrents américains, anglais et espagnols. D'ailleurs, l'Empereur reviendra sur cette loi controversée pendant les Cent-Jours en interdisant la « traite des Noirs » par décret du 29 mars 1815. Par cet acte historique, mais oublié par ses détracteurs, Napoléon a ainsi posé les fondements de l'abolition de l'esclavage qui sera officiellement établie  par le décret du 27 avril 1848 préparé par Victor Schoelcher.

Le souvenir de l'Empereur avait déjà été sali dans les années qui ont suivi sa disparition. À la Chambre des pairs, Victor Hugo avait alors apporté une réponse cinglante aux critiques : « Par quels crimes ce Napoléon avait pu mériter d'être ainsi frappé à jamais dans toute sa race ? Messieurs, ces crimes les voici : c'est la religion relevée ; c'est le code civil rédigé ; c'est la France augmentée de ses frontières naturelles ; c'est Marengo, Iéna, Wagram, Austerlitz ; c'est la plus magnifique dot de puissance et de gloire qu'un grand homme  ait jamais apportée à une grande nation. » Cette citation pertinente, prononcée le 14 juin 1847, pourrait encore servir d'argument dans le procès inique qui est intenté actuellement à l'un des Français les plus illustres.

L’œuvre de Napoléon est en effet immense. Il y a d'abord (et surtout) le Code civil (promulgué en mars 1804) qui a bâti le socle juridique et social, non seulement de la France moderne, mais aussi de certains États européens. Ce vaste recueil de dispositions législatives a survécu à l'usure du temps. Près de la moitié des articles subsistent encore plus de  deux siècles après leur élaboration :  1 120 au début des années 2 000 sur les 2 281 d'origine ! Ce Code Napoléon a servi de modèle à de nombreux textes de droit civil dans le monde. D'autres institutions ont survécu à leur créateur: Conseil d’État et Sénat (fondés en 1799), Banque de France (1800), École militaire de Saint-Cyr, chambres de commerce et ordre de la Légion d'honneur (1802), Cours d'appel et Cour de cassation (1804), Conseils des prud'hommes (1806), Cour des comptes (1807), Code pénal (1810), bataillon (qui s'agrandira ensuite en une brigade) des sapeurs pompiers de Paris, statut de la Comédie-Française (1812, toujours en vigueur)... Dans le domaine religieux, l'entreprise marquante de Napoléon reste la création du Consistoire israélite (1808) qui traduit la reconnaissance du judaïsme par l’État français, favorisant ainsi l'émancipation civique et sociale des juifs. Pour les militaires (pas seulement en France, mais dans le monde entier), Napoléon s'impose comme l'un des plus grands stratèges de tous les temps dont le génie s'est notamment manifesté à Austerlitz le 2 décembre 1805.

Fustigé en France par une minorité, Napoléon est au contraire encensé à l'étranger. L'écrivain allemand Goethe et, en Angleterre, le peintre  William Turner, le poète  lord Byron, le romancier Rudyard Kipling l'ont adulé. En Pologne, où les habitants n'oublient pas la création  par l'Empereur du Grand-Duché de Varsovie en 1807 – une action qui a rendu l'espoir aux Polonais et provoqué un afflux de près de cent mille volontaires sous le drapeau français –, le souvenir de Napoléon est évoqué dans l'hymne national. Extraits : « Nous traverserons la Vistule/ Nous traverserons la Wasta/ Nous serons Polonais/ Bonaparte nous a donné l'exemple/ Comment nous devons vaincre. » Malgré des erreurs dues à une ambition démesurée qui l'a poussé à entraîner son armée dans des périodes tragiques (guerre d'Espagne, campagne de Russie), Napoléon demeure l'une des plus grandes fiertés de l'Histoire de France.

Notre récit national comporte des moments glorieux mais aussi des pages sombres. Ces deux versants de notre Histoire doivent être abordés dans la sérénité. À l'instar de Colbert, Faidherbe et Napoléon, d'autres personnalités françaises sont vouées aux gémonies et maltraitées dans les manuels scolaires :  Clovis et Saint Louis, les rois trop chrétiens, Louis XIV, le monarque qui aimait trop la guerre mais qui a permis le développement extraordinaire des arts (grands écrivains classiques, peintres, architectes,...) et des réalisations encore admirées aujourd'hui par des millions de visiteurs chaque année (Versailles), le bâtisseur du Maroc moderne Lyautey accusé de colonialisme, etc. . Il est loin le temps où le fameux ouvrage  didactique Malet-Isaac consacrait des dizaines de pages à Louis XIV et à Napoléon. Aujourd'hui, ces deux figures célèbres n'ont droit qu'à quelques lignes et à des diatribes.

La propension actuelle de certains commentateurs à judiciariser l'Histoire autour de thèmes obsessionnels (esclavage, colonisation) et à démolir les héros français est une entreprise malsaine qui nuit à la cohésion nationale. Cette curieuse culture de l'excuse permanente constitue un frein de taille à l'intégration des jeunes de banlieue, notamment des descendants d'immigrés. L'intellectuelle franco-algérienne Malika Sorel nous a prévenus : « Ce n'est pas en se flagellant qu'on fera aimer la France aux enfants et aux adolescents des banlieues. Notre comportement relève de la psychiatrie. » Sur cette thématique, nous laisserons la conclusion à Albert Camus : « Il est bon qu'une nation soit assez forte de tradition pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons qu'elle peut avoir de s'estimer elle-même. Il est dangereux en tout cas de s'avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle. »

 Michel KLEN
Lieutenant-colonel (er), historien et essayiste
(Article paru dans le numéro de mars de la revue trimestrielle de l’ASAF : ENGAGEMENT)

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La « Bataille d’Alger » (1957) et l’affaire Maurice AUDIN

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